Rémunération de l'auteur

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Chez moi ici











    






      
Jeudi 28 août 2008
La terre sur laquelle nous naissons, grandissons, devenons adultes fait tellement partie de nous-mêmes qu'elle devient rapidement ennuyante, fade... Lorsque nous la regardons, ses défauts nous sautent aux yeux, tout comme ceux d'un être jadis aimé tendrement dont la moindre réflexion irrite et nous parcourt le système nerveux d'une décharge que nous contenons à grand-peine...

C'est notre terre, notre culture... et puis après?

Pourtant, une fois que nous quittons ce lieu témoin de notre épanouissement, de nos amours adolescentes et de toutes nos expériences d'enfant... nous nous rendons compte de l'importance de ces petits riens... des détails qui ne sont plus là pour nous servir de points de repères... pour nous rassurer lorsque tout va mal... pour servir d'assise et de souvenirs jusqu'à la prochaine fois...

Les accolades emplies de chaleur dont nous gratifiaient nos parents; nos familles au sein desquelles nous nous sentions chez nous et ce malgré les différences et les différends; nos amis qui nous faisaient rire et avec qui nous avions développé cette complicité si précieuse qui ne se crée qu'à force de confiance et de confidences...

L'hiver... Montréal et sa slush dans laquelle nos pieds s'enfonçaient comme dans de la crème fouettée et qui nous faisaient sacrer; l'Abitibi avec ses hivers d'enfer de froidure, ses couches de neige accumulées sur les trottoirs devenant glace durcie sur lesquelles nous marchions et qui craquaient au printemps, libérant des ruisseaux s'écoulant le long des rues, mouillant les pieds encore chaussés de bottes aux premiers balbutiements d'un soleil trop frileux pour faire autre chose que réchauffer les surfaces réfléchissantes des cristaux de glace...

Ces effluves culinaires que nous assimilions à de la grosse bouffe sans classe... la mélasse, le sirop d'érable et le ragoût de boulettes étaient peut-être loin de la cuisine gastronomique mais ils faisaient partie de l'histoire gustative d'un peuple dont nous sommes issus...

Lorsque dans un monde nouveau nous arrivons, avides de découvrir, de sentir et de connaître, nous nous plongeons dans cette atmosphère neuve et foisonnante de milliers de trésors...

Et c'est une fois passée l'excitation du changement de vie et de pays que nous commençons à percevoir réellement ce que c'est que l'expatriation... surtout dans les cas où nous ne pouvons pas nous ressourcer régulièrement par des vacances à la maison...

C'est avoir son passé là et son présent ici, c'est rire ici et penser à là-bas, ce sont des souvenirs que personne ne partage, ce sont des espérances, des principes, une façon de vivre que nous sommes les seuls à comprendre...

Moi, ce que j'en pense... c'est que j'ai besoin, infiniment besoin, de façon vitale, nécessaire et impérative, de voir des gens de chez moi...

Je sais que je ne suis pas la seule à ressentir tout ça... sans compter les expatriés blogueurs, il arrive régulièrement que des québécois expatriés m'écrivent, heureux de pouvoir partager cette expérience magnifique autant qu'affreusement difficile.

Je ne sais pas si c'est possible, je ne sais pas si c'est faisable, mais mon grand rêve à moi serait de se retrouver une fois, une seule fois, entre nous... se faire une petite fête bien de chez nous avec musique, bouffe et rires...

Se louer un petit chalet pour deux jours en gang... et oser, malgré les distances, les hésitations, les "on se connaît pas beaucoup", oser partir vers un petit bout de nos racines...

Juste à le rêver...

... ça me fait déjà du bien...
Publié dans : Hauts et bas d'une expatriée - Recommander
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